Aujourd'hui, cri du cœur : "on a besoin des passions" ! Plus loin : "on a besoin de souffrir" !
J'ai récemment lu - sur un site si vilain que je ne mentionnerai pas son nom - l'hypothèse qui revendiquait le bonheur à travers une vie raisonnable basée sur la juste mesure. Hypothèse intéressante, qui renvoi aux conceptions stoïciennes. C'est donc pour moi l'occasion de flinguer le stoïcisme comme chemin d'accès au bonheur. Je m'y emploi.
Le bonheur comme absence de passion ?
Rappel rapide : selon les stoïciens, le bonheur se définit comme l'absence de souffrances. Or, les souffrances véritables proviennent des passions car les souffrances véritables sont de nature sentimentale. On continue. Si je supprime en moi les passions - éradiquant du même coup mes sentiments les moins soumis à mon contrôle - je supprime les souffrances. Donc, par extension, le bonheur réside dans l'absence de passions.
Autrement dit, et cela sur un ton un brin provocateur, c'est en étant un légume que nous pouvons trouver le bonheur.
Je ne suis pas d'accord avec ça.
Comment trouver la juste mesure dans une vie sans passion ? On peut pas.
La juste mesure nécessite deux pôles repères, un Yin et un Yang. Autrement dit, on ne peut trouver la juste mesure que si on connaît le pôle négatif (la souffrance) et le pôle positif (le bonheur). La juste mesure se situe quelque part entre la passion et la raison. Supprimez l'un et vous perdez cette équilibre.
Comment trouver le bonheur alors ? Je me dois de dégager les deux conceptions du bonheur pour répondre.
La première, le bonheur interminable ou du moins prolongé : je le nomme bonheur perpétuel. Le même bonheur que recherche les ascètes au travers leur absence de passion. Celui là est - selon moi - introuvable pour la raison qu'il n'existe pas. Le bonheur, contrairement à la vie heureuse, se définit par sa singularité. Le bonheur peut-être comparé à la jouissance : pour exister, il se doit d'être rare parce qu'intense.
Ce qui m'amène à la seconde conception du bonheur, celle que je partage. Le bonheur est donc selon moi une phase limitée dans le temps, avec un début et une fin. Pour exister, il se doit d'être entrecoupé de moments plus douloureux, et cela suffisamment pour que l'on puisse ensuite apprécier ce bonheur.
Pour ceux que j'ai lâché en cours de route, voici de la métaphore qui éclaircira ma pensée. Prenons une couleur, disons le noir. Comment pouvoir apprécier le noir si tout n'est que noir ? Autre : pour les fins gourmets, comment apprécier les pizza si on ne mange que des pizzas ?
On ne peut pas. On a besoin de changement. De contraste.
Ainsi le bonheur ne peut être vécu qu'à petite dose et impose la passion, aussi bien dans son côté positif (amour) que négatif (souffrance).
Le bonheur perpétuel dézingue la juste mesure. Car il est un excès qui contredit la nature même du stoïcisme (puisque ce dernier condamne lui-même l'excès). La juste mesure nécessite bien sûr la raison. Mais c'est justement cette raison qui devrait imposer, au plus raisonnés, la juste mesure entre cette raison et la passion. Aussi, la juste mesure impose elle aussi par définition deux éléments : la juste mesure se fait entre quelque chose et une autre.
La passion, et la raison.
Tout cela pour dire que nous avons besoin des passions, d'autant plus quand nous sommes à la recherche du bonheur (sic). Je conçois finalement la passion et la raison comme deux éléments dépendants l'un de l'autre, et dont l'équilibre définit ce que nous sommes.
Note : mon billet entier part du principe que l'on recherche le bonheur, presque comme une finalité, l'objectif ultime de notre vie. Ainsi, je dis que le stoïcisme ne peut y parvenir.
Néanmoins, je suis moi-même très septique quant à cette foutue recherche du bonheur.
Est-ce vraiment le but que l'on se doit d'atteindre ?